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Agir contre la pénurie de médecins en Afrique | CAPafrique
Agir contre la pénurie de médecins en Afrique

Student dentist at work, South Africa. Trevor Samson 2007, World Bank, Flickr.
Par Matthieu Loitron
Santé. Note publié(e) le 2007-04-11


L’Afrique est le continent où l’on dénombre le plus de cas de paludisme et de sida. C’est aussi la région du monde qui compte la plus faible densité de médecins. Au sud du Sahara, on recense en moyenne 14 médecins – contre 380 en France - pour 100 000 habitants. Mais alors que le continent connaît déjà des pénuries aigües de personnel soignant, il ne parvient pas à conserver ses médecins et infirmiers.

En moyenne, un quart des médecins nés en Afrique n’y exercent pas. On les retrouve pour la plupart dans les pays développés. Là où l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement de la population ont fait croître de manière spectaculaire les systèmes de soins et les besoins en personnels de santé. L’attractivité du Nord pour les médecins africains est facile à comprendre. Chaque année un Américain dépense 6100 $ pour sa santé, un Français 3000 $, un Algérien 220 $ et un Nigérien 30 $. A l’évidence, on est dans des mondes radicalement différents où rémunérations et conditions de travail sont sans commune mesure.

Conséquence : on aboutit à une situation ubuesque dans laquelle les pays africains subventionnent de fait les pays développés, les premiers finançant la formation de personnels qui demain soigneront les patients dans les seconds. Mais le coût n’est pas simplement d’ordre financier. Il est également sanitaire et institutionnel. Car en matière de développement, les institutions comptent. Une croissance durable passe notamment par un système de santé efficace. Or comment cela peut-il advenir si les plus aptes à le construire ou à le faire fonctionner s’en vont ? Les départs alimentent un cercle vicieux dans lequel la détérioration du système de santé encourage la fuite des cerveaux, qui à son tour accroît la détérioration des systèmes de santé.

Mais, paradoxe absolu, les pays qui connaissent des pénuries très fortes de médecins ou d’infirmiers peuvent dans le même temps compter un nombre important d’agents de santé sans emploi ou qui exercent des professions qui n’ont rien à voir avec la santé. L’Afrique du Sud et le Kenya, qui manquent tous deux d’infirmiers, en comptent respectivement 7000 et 35000 au chômage. En Côte d’Ivoire, où l’on dénombre 1800 médecins en exercice, le ministre de la santé évoquait l’an dernier le chiffre de 1000 praticiens sans emploi.

Pourquoi un tel gâchis alors que les besoins sont énormes ? En réalité, la santé souffre des mêmes maux que les autres services publics sur le continent. A savoir un manque d’argent pour recruter et payer des salaires décents aux personnels soignant. Un problème récurrent auquel s’ajoutent des incuries en matière de gouvernance (salaires impayés, interventions politiques intempestives, carrières bloquées, etc.) et des conditions de travail souvent très difficiles (hôpitaux délabrés, pénuries de matériels, patients trop nombreux).

Instaurer des barrières étanches entre le Nord et le Sud, en ne leur délivrant plus de visa n’est donc pas la solution. D’une part, parce que les systèmes de santé africains auraient à perdre à cette entrave mise à la formation de leurs médecins à l’étranger. D’autre part, parce que ceux qui resteraient au pays n’auraient pas pour autant l’assurance de pratiquer effectivement la médecine. Au contraire, il faut mettre en œuvre des politiques visant à favoriser la circulation des médecins africains pour permettre in fine leur retour sur le continent. Et en sus, améliorer les infrastructures de santé sur place afin de proposer des conditions attractives d’exercice de la médecine.

Pour ce faire, les pays riches doivent prévoir des mécanismes de compensation afin que ceux qui recrutent des médecins provenant de pays en développement indemnisent les pays « fournisseurs ». Les fonds ainsi récoltés pourraient être affectés à des programmes destinés à faciliter le retour des médecins africains sur le continent (paiement des salaires garanti sur une certaine durée, conditions de travail minimales assurées, possibilité de faire des allers et retours entre le Nord et le Sud, etc.). L’aide publique au développement devra, en outre, être plus directement orientée vers l’amélioration globale des systèmes de santé africains, avec un accent mis sur les ressources humaines et matériels mais aussi sur la gouvernance. Sans cela, les appels à stopper la fuite des cerveaux ne seront pour longtemps encore que de vaines incantations.

Matthieu Loitron est responsable de CAPafrique. Il vient de publier « Trois orientations pour limiter la pénurie de médecins en Afrique » (téléchargeable sur www.capafrique.org).



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Ressources :
Type : Note
Pôle : Coopération et aide au développement
Thème : Santé
Publié par : Matthieu Loitron
Paru le : 2007-04-11

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