Par Michaël Cheylan
Entreprises. Post publié(e) le 2007-06-20«
Entreprendre au Congo ? Vous n’y pensez pas, iI faudrait être fou ! ». Et pour cause, en RDC, rien n’a résisté à trente ans de mobustisme : les infrastructures scolaires et sanitaires sont détruites, l’économie tourne au ralenti et l’autorité de l’Etat est laminée. Les conflits armés depuis 1997, alimentés par l’ingérence des pays limitrophes, n’ont rien arrangé. Dans ces conditions, quel entrepreneur, sain d’esprit, oserait s’y aventurer ?
Quelqu’un, par exemple, comme Alieu Conteh. Son nom ne vous dit peut être rien. Et pourtant, son histoire se rapproche plus du
conte de fée que de la banale anecdote. Alieu Conteh, né en Gambie il y a 55 ans, quitte en 1981 son pays natal pour s’installer au Congo. Là, il monte une entreprise d’achat et d’exportation de café qui prospère jusqu’à ce jour de 1997 où il entend l’appel de Laurent-Désiré Kabila. Le nouvel homme fort de Kinshasa demande à ses compatriotes de l’aider à reconstruire les infrastructures, en piteux état après trente ans de dictature. Pour M. Conteh, c’est le déclic. Il décide, sans aucune expérience mais avec beaucoup d’enthousiasme, de construire le premier réseau de téléphonie mobile du pays.
A l’époque, seule une dizaine de milliers de personnes au Congo - essentiellement des hommes d’affaires, des étrangers et des employés du gouvernement – disposent d’un téléphone mobile et quinze mille seulement sont équipés d’un téléphone fixe. M. Conteh se rend alors au ministère des communications pour demander l’octroi d’une licence. Il l’obtient en 1998 en échange d’une somme de $100,000. Par la suite, et sans qu’il ait droit à plus d’explications que cela, le gouvernement, toujours à court d’argent, augmente le coût de la licence, la faisant passer dans un premier temps à $400,000, avant d’exiger $2 millions.
Comme
aucun investisseur ne croit à l’époque au boom du mobile au Congo, M. Conteh s’acquitte du paiement de la licence avec son propre argent. Il paye également de sa poche les $1.5 million exigée par Nortel pour l’aider à créer son réseau. Pour dégager les financements nécessaires, M. Conteh doit alors vendre les camions qui lui servaient autrefois à transporter le café. Ainsi né, en février 1999, le premier réseau de télécommunication mobile au Congo. Le nombre d’abonnés atteint alors péniblement les 3 000.
Mais là ne s’arrête pas le parcours du combattant pour notre entrepreneur. Devant le
refus des compagnies étrangères d’envoyer au Congo leurs ingénieurs pour installer les équipements nécessaires – nous sommes, il est vrai, en pleine guerre civile -, M. Conteh appelle les habitants de Kinshasa à ramasser où ils le peuvent des bouts de métal et à les assembler pour réaliser des antennes de réception.
Au final, le succès est au rendez-vous. En 2001, Alieu Conteh cède 51% de sa société à Vodacom, le plus grand opérateur mobile sud-africain, afin de disposer du capital nécessaire à l’expansion du réseau à une plus grande partie du pays. Il devient, à cette occasion, le président de Vodacom Congo. Aujourd’hui, l’entreprise compte plus de 3 millions d’abonnés qui dépensent, en moyenne, $50 pour un téléphone portable et $2 pour cinq minutes de communication. Avec 600 employés et 5 000 fournisseurs,
Vodacom Congo est devenu en l’espace de quelques années l’un des principaux employeurs du pays.
Tout récemment, M. Conteh s’est vu proposer le rachat de ses parts. L’offre en question valorisait Vodacom Congo à plus d’ $1.5 milliard. Une offre alléchante à laquelle beaucoup n’auraient pas résisté mais que M. Conteh a décliné. «
Mon objectif n’a jamais été de devenir l’homme le plus riche du Congo », dit-il. «
J’aimerais créer la première bourse d’action du pays. Je vendrais alors 20% de mes actions dans le cadre d’une offre publique afin que les Congolais puissent également s’approprier [Vodacom Congo]
».
L’histoire d’Alieu Conteh illustre les difficultés auxquels peuvent être confrontés les entrepreneurs dans un pays tel que le Congo-Kinshasa et qui se heurtent autant à la réalité (insécurité, prédation du gouvernement, etc.) qu’aux préjugés (d’où la difficulté à attirer les investisseurs notamment). Mais elle montre aussi que ces difficultés peuvent être, avec du talent et beaucoup d’abnégation, dépassées. En cela, l’histoire de M. Conteh, dont le rêve est devenu réalité, est bel et bien un conte de fée.