Par Michaël Cheylan
Afrique/Europe. Post publié(e) le 2007-09-21Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères français, a remis il y a peu son rapport sur la
mondialisation à Nicolas Sarkozy. L’accueil qui lui a été réservé a été pour le moins mitigé. Trop général et pas assez concret pour les uns. Trop bref et pas assez fouillé pour les autres. Notamment en ce qui concerne les politiques arabe et africaine de la France qui occupent seulement deux feuillets sur soixante. L’on fera certainement peu de cas au final de ce rapport, qui d’ailleurs n’a toujours pas été commenté par l’Elysée. Mais si nous devions tout de même en retenir quelque chose, ce ne serait pas tant l’affirmation que «
la France a intérêt à garder une politique africaine », ni le fait que celle-ci «
doit être repensée dans son ton, son style, ses méthodes ». Mais plutôt le paragraphe suivant :
«
La solution dite "d'européanisation" [de la politique africaine de la France]
ne peut être que partielle, ou alors c'est un leurre et une démission : il n'y a pas de volonté à 27 pour mener une vraie politique africaine, tout juste une politique d'aide très conditionnée, ce qui ne répond plus au besoin à l'heure où l'Afrique, elle aussi, utilise les opportunités de la globalisation ; il vaut mieux travailler à faire converger les politiques africaines de ceux qui en ont une : France, Grande Bretagne, Portugal, Espagne, Italie, peut être Allemagne, Commission. »
Pourtant,
l’idée d’« européaniser la politique africaine de la France » est aujourd’hui très en vogue. Et elle pourrait l’être encore plus à mesure que l’on s’approche du Sommet Europe-Afrique (fin 2007 ?) et de la présidence française de l’UE (2e semestre 2008). Mais voilà, il y a plusieurs problèmes :
- tout d’abord, nos partenaires européens ne sont – loin s’en faut – pas tous intéressés. Il y a bien loin d’ici à ce que les Européens du Nord accordent la même place à l’Afrique et à la Méditerranée que ceux du Sud
- ensuite, quand bien même ils le seraient –intéressés-, il y a fort à parier que s’il faut avoir l’aval des 27 pour élaborer une hypothétique politique africaine commune, Européens et Africains peuvent attendre encore longtemps
-
last but not least, celle-ci, si tant est qu’elle voit le jour, risque de se faire sur la base du plus petit dénominateur commun.
Le salut de la France en Afrique ne passe pas par l’Europe (des 27 en tout cas). La France ne pourra donc faire l’économie d’une réflexion sérieuse sur la modernisation de sa politique africaine. A ce propos, Hubert Védrine n’avait-il pas une
(bonne) proposition quant à la façon de s’y prendre ?