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Arche de Zoé : Déby inspiré par Kadhafi | CAPafrique
Arche de Zoé : Déby inspiré par Kadhafi

Chad refugee camp. Picture taken by Mknobil, 2005, Flickr.
Par Michaël Cheylan et Christian Nyombayire
Politique. Post publié(e) le 2007-11-05



Des similitudes frappantes
Entre l’affaire de l’Arche de Zoé qui se déroule actuellement au Tchad et celle des infirmières bulgares en Lybie, les similitudes sont frappantes. Dans les deux cas :
- des Occidentaux,
- ayant pour intention, réelle ou supposée, de venir en aide à des enfants,
- se voient, à tort ou à raison, gravement mis en cause par les dirigeants locaux,
- qui voient là une excellente occasion d’en tirer avantage.

Un contexte favorable
Dans l’affaire libyenne, la communauté internationale a souhaité libérer, quoi qui l’en coûte, les infirmières bulgares et le médecin palestinien. Elle a donc fini par céder au chantage exercé depuis 1999 par le régime du Colonel Kadhafi et fait droit à ses prétentions en matière financière, économique et militaire. Des prétentions illégitimes du fait de la non culpabilité manifeste des infirmières et du médecin, comme cela a été largement reconnue par l’ensemble des experts internationaux ainsi que par le propre fils du Guide, Seïf el Islam.

Si, contrairement au personnel médical retenu en Lybie, les responsables de l’Arche de Zoé ne semblent pas exempts de tout reproche, les accusations outrancières portées précipitamment à l’encontre de leur association par le Président tchadien Idriss Déby (les enfants auraient, selon lui, été enlevés pour être livrés à des réseaux pédophiles ou faire l’objet d’un trafic d’organes) rappellent étrangement celles proférées en leur temps par Mouammar Kadhafi à l’endroit des infirmières bulgares et du médecin palestinien (accusés d’avoir sciemment inoculé le virus du sida à 439 enfants libyens). Et pour cause, si Idriss Deby (dont le parrain dans la région n’est autre que le Colonel Kadhafi…) adopte ce genre d’attitude, c’est parce qu’il a parfaitement tiré les leçons du précédent libyen : exploiter politiquement ce genre d’affaire, cela peut être payant ! En pareille circonstance, la communauté internationale, et la France en particulier, sont prêtes à négocier et à transiger. Il suffit de demander…

Les motivations d’Idriss Déby
Dans l’affaire de l’Arche de Zoé, les Occidentaux incarcérés sont avant tout perçus par Idriss Déby comme une monnaie d’échange, un moyen d’obtenir quelque chose en retour. Mais que recherche-t-il au juste ? On peut formuler ici plusieurs hypothèses :

- Tout d’abord, c’est l’occasion pour Déby, sur le plan intérieur, de regonfler une côte de popularité qui n’est pas au mieux actuellement. En focalisant l’attention sur une affaire impliquant des « Français », bouc émissaires providentielles en la circonstance, Idriss Déby s’érige en premier défenseur des intérêts de son peuple face à l’« étranger » et tente, par la même, de faire oublier à l’opinion publique tchadienne les problèmes intérieurs (sécuritaires, économiques et sociaux) qui nourrissent le mécontentement très fort à l’égard de son régime, usé après dix-sept ans de pouvoir.

- C’est ensuite, et non sans quelque paradoxe, l’occasion d’être en position de force pour sécuriser, voire renforcer, l’accord de coopération militaire et de défense en vigueur depuis 1976, en s’inspirant de celui signé tout récemment avec la Lybie. L’appui technique et logistique de la France est en effet nécessaire au maintien en place du régime d’Idriss Déby, qui fait régulièrement l’objet de tentative de déstabilisation par des troupes rebelles. Or pour un certain nombre de raisons (volonté affichée par le Gouvernement français de remettre à plat les accords de défense en Afrique, fait que l’engagement de la France au sein de l’Eufor soit incompatible avec un soutien apporté à son régime, etc.), le président tchadien peut craindre que ce partenariat militaire privilégié ne soit remis en cause ;

- Sur le plan diplomatique, enfin, l'affaire de l’Arche de Zoé tombe à pic. Elle intervient au moment où la France poursuit des discussions délicates avec des pays européens pour les inciter à fournir des troupes à la force Eufor Tchad-RCA, qui doit être déployée dans l'est du Tchad et dans le nord de la Centrafrique afin de stabiliser des zones affectées par le conflit du Darfour. Autorisée le 25 septembre par une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, l'Eufor est un élément central de la politique déployée sur le Darfour par Paris. Si le pouvoir tchadien n’est, semble-t-il, plus en mesure de s’opposer au déploiement de cette force, il pourrait cependant être tenté d’instrumentaliser l’affaire de l’Arche de Zoé à son profit pour négocier le fait, par exemple, que la stabilisation de la région – face notamment aux rebelles qui défient le pouvoir central – fasse partie des missions de l'Eufor Tchad-RCA, telles que décidées par l'UE le 15 octobre dernier, ce qui n'est pour l'instant pas le cas.

Mais Idriss Déby n’est pas le seul à voir d’un mauvais œil le déploiement de l’Eufor. Mouammar Kadhafi, qui estime que toute forme d'intervention internationale dans la région contrarie ses propres ambitions dans ce qu'il estime être la sphère d'influence de Tripoli, depuis le Sahara jusqu'à la Centrafrique, et qui est pour le Tchad un généreux pourvoyeur d'armes et de véhicules 4×4 indispensables à la guerre dans cette région, y était également fortement opposé…



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Ressources :
Type : Post
Pôle : Politique africaine
Thème : Politique
Publié par : Michaël Cheylan et Christian Nyombayire
Paru le : 2007-11-05

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Bibliographie :
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