Par Laure Burrus
Finance. Article publié(e) le 2008-07-05Malgré une conjoncture mondiale déprimée, le continent africain semble enfin sortir la tête de l'eau.
L'Afrique subsaharienne offre parfois un tableau peu réjouissant, qui fit écrire à l'écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma : « L'Afrique est de loin le continent le plus riche en pauvreté et en dictature. » Pourtant, le continent recèle d'autres richesses bien plus valables que ces tristes attributs : il regorge de matières premières.
En effet, l'Afrique dispose de la quasi-totalité des réserves mondiales de chrome, de 90 % des réserves de platine, de 50 % des réserves de cobalt ainsi que de gaz et de pétrole. C'est donc sur l'Afrique qu'il faut compter pour sécuriser les approvisionnements en matières premières, en témoigne l'intensification des investissements chinois sur le continent. Ainsi, les économies de certains pays africains sont aujourd'hui en croissance, grâce à la demande mondiale de matières premières, mais aussi à l'essor de la consommation locale. Luc Rigouzzo, directeur général de Proparco, explique : « L'Afrique est condamnée à croître.
Dans une dizaine d'années, elle comptera 1,2 milliard d'habitants, dont un tiers seront solvables, et 60 % urbains. Ce marché intérieur assure l'avenir. » Dans le palmarès des vingt pays qui enregistreront les plus forts taux de croissance en 2008, sept pays africains ressortent. Grâce au pétrole, l'Angola devrait ainsi enregistrer un taux de croissance du PIB réel de plus de 20 % ! Le tissu industriel commence enfin à se développer. Quelques sociétés françaises l'ont compris. Ainsi, le groupe Bolloré tirerait près de 23 % de son chiffre d'affaires de ses activités africaines en 2008, selon les estimations de la Société Générale.
De plus, des PME locales émergent dans des secteurs très diversifiés. Cependant, en raison de la faiblesse des Bourses et de l'épargne locale, ces jeunes entreprises sont généralement financées au travers de fonds de private equity. Quoique, selon les experts, la tendance pourrait s'inverser : certains marchés financiers se développent à grande vitesse. Abstraction faite de l'Afrique du Sud et de l'Afrique du Nord, les Bourses de Nairobi, de Lagos et la BRVM (la Bourse régionale des valeurs mobilières basée à Abidjan, qui réunit les huit pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine) sont les plus dynamiques. On trouve également des places financières à Libreville, au Ghana, en Namibie, au Botswana, au Niger ou à Maurice.
Certaines ont affiché des performances louables. En témoigne l'indice AI40, établi par Africa Investor Research. Celui-ci a progressé de 7 % depuis le début de l'année. Bien qu'en plein essor, elles restent embryonnaires.
Jean-Paul Mvogo, du think tank spécialisé CapAfrique, explique : « Les Bourses africaines comptent généralement entre 40 et 60 valeurs. Ce sont souvent de grandes entreprises du pays qui ont été privatisées, comme la société de télécoms Safaricom, au Kenya. » La liquidité et les volumes échangés demeurent faibles, ce qui rend ces Bourses très volatiles.
Toutefois, outre les certificats émis par Merrill Lynch, trop exposés à l'Afrique du Sud, les outils financiers pour investir sur ces nouveaux marchés sont malheureusement sous-développés...
Lire la suite